Concurrence des CIVE avec d'autres productions ou fonctions
La méthanisation des CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétique) peut entrer en concurrence avec d'autres usages ou d'autres fonctions, directement ou indirectement.
Concurrence directe sur les usages
La valorisation énergétique peut entrer en concurrence avec l'utilisation des cultures intermédiaires comme ressource fourragère. Cette situation concerne les régions d'élevage de ruminants. Les CIVE doivent dans ce cas être intégrées dans les stratégies d'approvisionnement en fourrage.
Les CIVE peuvent entrer en concurrence avec l'utilisation comme matériau ou pour d'autres usages énergétiques. Les filières potentiellement concernées sont pratiquement inexistantes aujourd'hui en France.
Concurrence directe sur les fonctions
La récolte et la méthanisation des CIVE peuvent entrer en concurrence avec l'utilisation des cultures intermédiaires comme engrais verts. L’engrais vert est restitué au sol, tandis que la CIVE est en partie exportée du champ pour être transformée en énergie.
Plusieurs programmes de recherche de sont intéressés à la question et les consensus suivants se dégagent :
- La CIVE, bien qu’en partie exportée, va apporter autant de matière organique qu’un engrais vert grâce à son système racinaire très développé. Les apports de matière organique humifère (stable) sont comparables. Cette situation est d’autant plus améliorée si les CIVE sont fertilisées avec du digestat. (Houot et al., 2022)
- Les espèces conduites en CIVE (céréales) sont moins diversifiées que celles conduites en engrais vert (crucifères, légumineuses, etc.). Ce changement dépend des pratiques de l’exploitant avant l’introduction de CIVE. La diversité des espèces cultivées au niveau d’une rotation de culture est importante pour la résilience. A l’échelle du système de culture, il est important de compenser cette perte éventuelle de diversité, en intégrant d’autres espèces de cultures alimentaires, ou en profitant de période d’interculture ou une CIVE n’est pas généralement pas possible (entre deux céréales) pour semer un engrais vert diversifié (Ranjard, 2026)
Concurrence indirecte par compétition sur les ressources
Comme toute culture végétale, les CIVE consomment de l'eau et sont donc potentiellement en concurrence avec la culture suivante sur les réserves en eau du sol.
Les CIVE d'hiver consomment une partie de la réserve hydrique du sol et peuvent donc réduire la disponibilité en eau pour le semis de la culture d’été suivante, de façon plus ou moins importante selon les conditions climatiques de l’année et le niveau de réserve utile des sols (Dagorn et Marsac, 2022).
De plus, l'impact sur le rendement de la culture suivante est également lié au décalage de sa date de semis de la culture suivante, ainsi que la durée de son cycle et la précocité variétale choisie. Plusieurs essais ont montré que cet impacte peut atteindre les 10% de pertes sur le rendement d’un maïs grain après une CIVE d’hiver (RECITAL, 2023)
Les CIVE d'été peuvent souffrir du manque d'eau, mais leur impact sur la culture suivante est faible car leur cycle est court et a lieu avant la recharge hydrique hivernale.