Etat des lieux de la méthanisation en Europe
Production de biogaz dans l'Union Européenne
Selon, l’IEA, l’Europe est la première région mondiale pour la production de biogaz, avec près de la moitié de la production mondiale en 2023 (environ 850 PJ soit 235 TWh, devant la Chine (environ 350 PJ, soit 97 TWh), les USA (environ 250 PJ, 70 TW) et l’Inde (environ 150 PJ, 41 TWh).
Prodution de biogaz par région mondiale (d’après l'IEA, 2025)
Etat des lieux de la filière méthanisation en Europe
D'après les statistiques 2025 de l'EBA, l'Europe compte plus de 20 300 installations de méthanisation, ce qui représente plus de 230 TWh de biogaz produit annuellement, dont 54 TWh de biométhane (biogaz épuré injecté dans les réseaux de gaz). Ici le terme biogaz indique le biogaz qui n’est pas épuré et valorisé en biométhane. Il peut être directement valorisé en chaleur par combustion, ou bien en cogénération avec production d’électricité et chaleur.
L’Allemagne est de loin le premier producteur de biogaz/biométhane avec près de 100 TWh produit chaque année, suivi par l’Italie (30 TWh), et le Royaume -Uni (28 TWh). La France se place en 4eme position avec 22 TWh de production mais est le premier producteur de biométhane avec une production de 11,4 TWh en 2024. Cette filière est désormais la plus dynamique avec en moyenne 70% de part de marché sur les deux dernières années.
Production de biogaz/biométhane, par pays en 2024 (EBA, 2025)
Nombre de nouveaux méthaniseurs en Europe, par type (EBA, 2025)
Si l’on rapporte la production de biogaz/biométhane au volume de consommation annuel de gaz naturel, les pays scandinaves sont en tête : ratio de 35% pour le Danemark et 25% pour la Suède, vient ensuite l’Allemagne avec 12% et la France se positionne en 8eme position avec un ratio de 6%.
Ratio production de biogaz/biométhane rapporté à la consommation de gaz naturel, en 2024 (EBA, 2025)
Dans la plupart des pays, à l'image de l'Allemagne, la France, l'Italie et le Danemark, la filière méthanisation est soutenue par des tarifs d'achat préférentiels ou des subventions [Sesini et al., 2023]. Ces mécanismes ont évolué à plusieurs reprises depuis leurs débuts dans les années 1980 et 1990. Les soutiens au biométhane en particulier ciblant plus particulièrement la demande (transports, industrie, ménages, selon les pays) que l'offre.
L'UE, à travers ses Directives sur les Energies Renouvelables (les directives "RED"), s'est fixé pour 2030 un objectif de production en énergies renouvelables équivalent à 30% de la consommation brute d'énergie. Ceci a donné lieu à la rédaction d'une "feuille de route biogaz" pour aider les états à mettre en place une stratégie pour développer la filière méthanisation. Suite à l’invasion de la Russie en Ukraine et de ses répercussions sur l’approvisionnement en énergie de l’Europe, le Plan REPowerEU vise notamment à accélérer le déploiement des énergies renouvelable et a fixé un objectif européen de 350 TWhPCI en 2030.
L'Allemange, leader européen en méthanisation
Parmi les pays européens engagés dans la méthanisation, l’Allemagne est le premier producteur de biogaz, à l'échelle de l'Europe et à l'échelle mondiale.
En Allemagne, les énergies renouvelables interviennent à hauteur de 30% dans le mix énergétique de production électrique, l’éolien terrestre arrivant en tête des productions électriques, suivi de la biomasse, dont fait partie la méthanisation.
A la différence de la France qui privilégie l’injection de biométhane dans le réseau de gaz, l'Allemagne valorise surtout son biogaz pour produire de l’électricité renouvelable. Sur les 11 000 unités allemandes, seules 200 environ injectent du biométhane dans le réseau de gaz. Des mécanismes de soutien sont également prévus par l’Etat allemand pour valoriser la flexibilité des unités et soutenir le réseau électrique [Thrän et al, 2020].
Par ailleurs, l’Allemagne méthanise une part importante de matières premières végétales, en particulier le maïs et de la paille de céréales qui sont des cultures énergétiques « dédiées » à la méthanisation. La France préfère valoriser d’autres matières (les effluents d’élevage, les déchets d’industrie agroalimentaire, les cultures intermédiaires à vocation énergétiques) et a limité à 15% des matières entrantes l’utilisation de cultures énergétiques dédiées pour ne pas concurrencer l’alimentation.